Une jeune femme attendait dans le Café bondé.
Son épaisse chevelure brune contrastait avec la pâleur de son teint et la couleur rouge, intense, de ses lèvres donnait à son visage une touche de sensualité provocatrice. D'un geste gracieux, elle porta une cigarette à ses lèvres et en tira une bouffée.
Le flou qu'elle cultivait autour de son âge ajoutait à sa féminité ; son corps débordait de jeunesse et attirait les hommes. Si elle n'avait que seize ans, elle en paraissait vingt.
C'était notamment ce qui l'avait attiré chez elle. Ce mystère. Lorsqu'il l'avait rencontré pour la première fois, c'était à ce même Café. Elle était seule.
Il l'avait regardé, avait désiré ses formes. D'une façon maladroite, il s'était assis auprès d'elle et avait enguagé la conversation. Il l'avait facilement charmée, son discours résonnant comme en échos à ses rêveries romantiques. Il n'avait même pas pensé à retirer son alliance.
Leur relation avait été fougueuse, passionnée. Il l'a consommait, la dévorait, l'utilisait pour satisfaire son insatiable désir. C'était tout : elle n'était qu'un objet.
Elle de son côté, avait tout fait pour ne pas s'attacher. Elle avait compris dès le départ qu'il ne resterait jamais de leur histoire que des étreintes, des instants volés et des notes de motel. Mais peu à peu elle avait entrevu ce dessein idiot qui perdurait en elle s'en qu'elle puisse s'en défaire. Et avant même qu'elle s'en rende compte, elle avait sombré dans une entière dévotion à cet homme qui l'utilisait.
Mais tout ceci devait finir. Elle venait y mettre un terme.
Elle avait soigneusement choisi le lieu, la date. Elle le quittait.
Elle paya son café et sortit pour l'attendre : l'atmosphère enfumé du Bar lui pesait. Enfin, elle l'aperçu sur le trottoir d'en face et courru le rejoindre.
Elle ne vit pas la voiture, sentit seulement un choc sourd, une douleur foudroyante et se retrouva projetée en avant sous les roues du véhicule.
Le conducteur, paniqué, avait claqué la portière et appelé les secours. Une foule s'était rassemblée autour d'elle, mais seul comptait, au milieu des badauds, cet homme qui la fixait. Durant toute sa lente agonie, leur regards ne se quittèrent pas. Il s'approcha, voulu caresser sa main, lui offrir un dernier geste tendre, mais une sorte de crainte mêlée de dégoût l'en empêcha. Elle sut alors qu'elle ne survivrait pas à l'accident. Une larme roula sur sa joue et se perdit sur son visage ensanglanté.
Lorsque l'ambulance arriva, il était trop tard.